Paris, sortie du bataclan, samedi 6 féfrier, il fait froid...

Bonsoir Wanda,

Désabusé, lassé par l'hiver et la mélancolie, après des heures de marche dans un Paris à peine chaleureux, je me suis réfugié dans la mythique salle du Bataclan à deux pas de république. Tu te souviens, on y avait vu les Violent-femmes je crois. A moins que ce ne soit MAria McKee...Au programme du soir: Sanseverino.
Je ne connaissais pas le gars mis à part quelques chansons entendus de ci de là sur le mode du jazz manouche. A l'intérieur, un public plûtot quadra composait un Bataclan plein comme un gobelet d'Kronenbourg vendu au bar. Au milieu d'ma première bière, le mec arrive avec une sorte de banane à la david Lynch et enfile de suite 3 chansons aux riffs plus que rockabilly!!

2009111612061175  Surprenant quand on arrive avec la vague idée d'entendre du manouche tout le concert. Il en parlera plus tard de façon ironicomique: il a du partager le boulot avec un certain Thomas Dutronc! Soit rassurée, Ca ne l'a pas empêché d'en faire quelques unes que j'imagine de son ancien répertoire pendant les 3 ou 4 rappels de la soirée.
Hormis ce changement de style musical, Sanseverino est fraternel et chaleureux. Il chante la France populaire sans être populiste, dénonce les méchants, la libéralisation ou les flics et les voyous tout en citant Bono et Ravachol. Un rejeton de L'anarchisme en somme!

0884977376166_600Son dernier album s'appelle "les faux talbins":comprendre en argot les faux billets et par extension les faux jetons. Il en distribue allégrement pendant le concert d'ailleurs; comme pour se moquer de notre société guidée par l'argent. En 2 heures de temps, Il distille et fait partager ses valeurs qui sont celles d'une gauche anarchiste qui n'existe malheureusement presque plus. L'intelligencia maintenant squatté par la droite depuis pas mal de temps a laissé les penseurs de gauche se compter sur les doigts de la main et les portes drapeaux comme Sanseverino sont rares. Ils paraissent même surannés mais cela leurs donne un côté attendrissant. On vit d'ailleurs un peu son concert comme un flash-back réconfortant de la société de nos 20 ans. Celle de Mitterand, de SOS racisme. Entre 2 chansons, il est très drôle et déconne  même sur Giscard et la chasse à cour, j'ai cru un instant qu'il nous parlerait de Lecanuet!! Sanseverino , c'est finalement un peu Renaud...jeune.
En tout cas, ça joue... et même plûtot bien! Les briscards qui l'accompagnent ne font pas semblant. Ils sont 5 à assurer le background musical. Parfois, sa fille prénommée Rose Sanseverino vient l'accompagner fébrilement pour quelques choeurs comme pour cette reprise de "la salsa du démon" de l'orchestre du splendid. On nage là dans les 80's du CollaroShow et ça colle à mon avis moins au personnage. A l'opposé, il reprend une chanson des Parabellum "cayenne" qui lui sied à merveille. "Mort aux vaches ! Mort aux condés !Viv' les enfants d'Cayenne ! A bas ceux d'la sur'té !" Tu t'souviens? On navigue ici sur son territoire: celui de l'alternatif francais de la fin des années 80. Celui de Gogol 1er, des garçons bouchers, des gars qui faisaient fit des majors et des codes musicaux. Sanseverino est aussi un peu à sa manière le dernier des indépendants de l'époque. Il en incarne bien la philosophie.

490035651 Parmi les moments forts, On aura bien entendu et retenu cette belle compo "les rockers aiment la java": un brûlot qui trucide le côté mainstream du rock, qui dénonce un rock devenu institution et tente à montrer que la rebellion n'est plus là où on l'attend. Un chouette morceau! Plus tard dans la soirée, il reprendra du johnny Cash avec "a boy named Sue": chose encore infaisable pendant la période Bush président. Quel bonheur d'entendre un artiste français adapter en français du Cash et voir que le style country n'est plus tabou chez nous.. Quelle réussite aussi de la part de Sanseverino car l'exercice est casse-gueule. 
Voilà Wanda, je sais pas vraiment si t'aurais adoré. Moi ça m'a donné envie d'écouter l'album et toi je sais qu't'aurais aimé voir, entendre, sentir tout ça comme moi. J'y ai passé un bon moment où presque rien ne manquait ce soir... Rien sauf mes cheveux sur mon crâne chauve et toi...Comme toujours.

In memory of Wanda P.  Rest in Peace 1969-1991