Aujourd'hui, j'ai appris que mon vieux pote d'enfance avait décidé d'en finir avec la vie. Toujours ensemble du Cp à la terminale: un vrai copain d'avant!! Ce soir, j'ai perdu un frère qui se serait trop éloigné. Il m'a toujours manqué, il me manquera toujours. Lorsque nous étions petits, entre deux parties de Monopoly, on se demandait ce qu'on serait à 30 ou à 40 ans. Voilà, maintenant on sait...
Stéphane Lebertois est mort le 27 février 2011 pour de vrai. Je pleure sa vie qu'il a raté et nos tendres années. Celles où on écoutait les Stray-cats en parlant des filles du collège, celles où on buvait du whisky à 8h30 pour voir ce que ça fait, celles où on fumait des gitanes sans filtre à l'arrêt du 10 avant de sécher les cours d'anglais, celles où on fabriquait du vomi ou encore celles où on dépensait notre monnaie dans un flipper que plus personne maintenant ne pourra me rappeler le nom...

Rest In Peace My Old Friend
"You know i got cat class, and i got cat style..." Stray-cat strut- The Stray-cats 1981
st_phane


    Avec lui, se meurt ma jeunesse. Il me rappelle à cette douceur amer lorsque je vois le visage fanée de Chrissie Hynde des Pretenders, le lifting éxagéré des Bangles ou la face ravinée de Bertignac à l'heure où blanchit la campagne. Les notes de "Life is sweet, Bittersweet..." de Maria mcKee résonne alors d'un autre sens. En effet, la vie est chouette mais toujours douce-amer. Un peu comme la bière que l'on buvait à jeun aux matins de nos 15 ans pour se prouver qu'on était des hommes.
Il vivait alors dans une rue coincée entre un étang et une usine. le genre de rue toute en brique comme on peut en voir à Birmingham où à Douai. Il habitait au bout, juste dans l'ombre d'un chateau d'eau. Pour aller le voir, il fallait passer devant les voisins et les chiens. Tous plus inquiètants les uns que les autres, je ne savais pas lesquels étaient les plus enragés derrière leurs grillages rafistolés. Une vrai rue de voyous, de repris de justice, d'ouvriers malmenés. Du Zola pour de vrai!
mblotComme dans les westerns, il fallait montrer pâte blanche en marchant au milieu de la route pour montrer que l'on passe tout en faisant celui qu n'a rien vu. Ne pas accélérer le pas, ni le ralentir, juste écouter pour mieux voir... Mettre en marche tous ses sens d'araignée pour traverser une rivière de crocodiles.
Au fur et à mesure de mon avancé, les sons s'atténuaient sur mon passage. De ci de là, des enfants aux visages crasseux me regardaient la gueule écrasée sur la cloture. Parfois, ils me lancaient des pierres ou des rires goguenards sous le regard amusé de leur grand frère. Dans certaines fosses sceptiques, j'imaginais des armes de plus ou mois gros calibres voir même des grenades. Un vrai coupe-gorge!!  Mais il n'était rien comparé à la rue parrallèle: celle des garages! Ici, même les grenouilles de l'étang n'osaient même pas coasser, de peur de se faire découper par les caïds qui jouaient des voitures, des motos et des crans d'arrêt...
Soulagé d'arriver enfin chez Stéphane, j'entrais dans une courette cimentée qui menait à la maigre demeure. Sur la droite, se trouvait des WC dans une cabane en bois. Les fesses bien aérées hiver comme été, on était Actarus dans son Goldorak ou Albator dans son stratocargyres lorsque qu'on agitait la petite manette des toilettes pour l'autolargue final.  Arrimage... clavicogire... astéro-hache...  Chasse d'eau!!
Sa chambre était au premier. Ses murs partiellement recouvert de papier peint laissaient apparaître la couleur du béton maigre. Quelques posters des Stray-cats donnaient de la couleur et de la chaleur à l'ensemble. Celui de la tournée 82 où les cats étaient passés au Parc expo de Rouen trônait au dessus de son lit. Je le lui avait trocqué avec le 45 tours français de "Baby blue eyes" contre le premier vinyl autoproduit des Dogs "Charlie was a good boy". En hiver, les carreaux de sa fenêtre arboraient de jolies étoiles de givre car le seul endroit chauffé, c'était la cuisine avec son poële à charbon.
Il y avait aussi un évier sans mitigeur, Une table couverte de toile cirée, 4 chaises, une télé, un canapé,  et plein de super moments comme celui où on écoutait à fond les ballons le Stray cat strut des Stray-cats. On en était fous. Il en était dingue. Stéphane avait la collection la plus impressionnante qui soit du groupe. Un Hardcore fan, comme on dit dans le jargon! Il étit fier de sa collec' et il pouvait se vanter d'être parmi le top 10 des cats-fan du monde! Un dingue, un extremiste, un jusqu'au boutiste de la stray-cats mania! Pas toujours bien dans ses pompes, coincés entre une éducation ouvrière et une intelligence au dessus du commun, il s'était taillés les veines à 17 ans pour voir ce que ça fait. A la suite de cet incident, il avait perdu toutes sensibilité de ses doigts pendant un trimestre. Un après midi, dans ma chambre, on parlait des stray-cats et sa gitane lui avait cramé les doigts sans qu'il s'en rende compte. L'odeur de cochon grillé nous a alerté. On était jeune, ça nous avait fait marrer comme dans les chansons de Renaud. Une autre fois un coma étylique, puis une autre tentative de suicide pour sortir du service militaire. Cette fois-ci, il s'était enfoncé un couteau dans le bide à la gare SNCF de Sotteville et avait passé 4 mois en hôpital militaire. Puis il avait rencontré sa femme et puis plus rien. Apaisé, rassuré, il lui avait fait une enfant qu'il appelait tendrement "j'ai 5 chien" car elle s'appelle Jessica. Et un jour, voyant son amour se fâner,tout a refait surface. Comme ça, comme une envie de fumer, comme une envie de tout casser...A very Sad Day.

Aujourd'hui je pense à sa femme et à sa fille qui doivent lui en vouloir terriblement. Comme moi et tout ceux qui l'on connu, elles ne peuvent plus entendre et écouter les stray-cats sans penser a lui. Je prie pour qu'un jour leurs douleurs s'apaisent et qu'elles le regardent sous de meilleurs hospices. Aujourd'hui, je m'aperçois que oui, j'aimais Stéphane d'amour comme j'aimais ma jeunesse. Comme elle, il disparait dans les flots bleus. Il m'aura offert en  cadeau post-mortem le pouvoir de m'affranchir de cette jeunesse lourde de valises invisibles et de maintenant pouvoir devenir grand, adulte, responsable et plus libre avec tout le serieux et la gravité que cela comporte. 

Now Please... Let's Ran't and Rave for the very last time with teardrops in our eyes and raise a glass for him: one , two; one, two, three, four:

stray_catsBlack and orange stray cat sittin' on a fence
Ain't got enough dough to pay the rent
I'm flat broke but I don't care
I strut right by with my tail in the air

Stray cat strut, I'm a ladies' cat,
A feline Casanova, hey man, thats where its at
Get a shoe thrown at me from a mean old man
Get my dinner from a garbage can

Yeah don't cross my path

I don't bother chasing mice around
I slink down the alley looking for a fight
Howling to the moonlight on a hot summer night
Singin' the blues while the lady cats cry,
"Wild stray cat, you're a real gone guy."

I wish I could be as carefree and wild,
but I got cat class and I got cat style.

1455949043_smallI don't bother chasing mice around
I slink down the alley looking for a fight
Howling to the moonlight on a hot summer night
Singin' the blues while the lady cats cry,
"Wild stray cat, you're a real gone guy."

I wish I could be as carefree and wild,
but I got cat class and I got cat style.

 

 

 

 


 

à notre ami
A mon ami …

Aujourd’hui presque apaisé, avec des questions qui resteront sans réponses et une tristesse, qui ne s’effacera jamais, celle de t’avoir perdu, j’ai décidé d’écrire.

Aujourd’hui je suis résigné, mais avec la volonté de ne pas oublier, ne pas oublier ces moments passés avec toi, ces moments passés nous trois, trois personnalités pourtant si différentes mais tellement complémentaires.
La question qui me poursuit le plus est « pourquoi ne pas avoir lancé de SOS ? » , peut etre parce que nous avions fini par trop nous éloigner et ne pas se rappeler combien on comptait pour chacun d’entre nous, en pensant certainement que l’on est des hommes maintenant et que le passé est derrière nous…..
Mais non, rien est derrière nous, tout ce que l’on a vécu reste ancré dans nos mémoires, est présent à chaque heure de notre vie, c’est ce qui nous a aussi construit, fait ce que nous sommes aujourd’hui. Alors je suis triste, triste de la façon dont ça c’est terminé pour toi, triste d’etre parti si loin que tu n’ais pas eu la force d’appeler au secours, triste de savoir que je n’aurais plus de souvenir à construire avec toi.
Alors aujourd’hui mes pensées ne sont plus « tiens, que devient-il ? » mais l’image de nos souvenirs : cette colo « stage de tennis » , cette rue ou nous habitions , qui pouvait faire peur ;) , nos retour d’école primaire, de collège et de lycée avec tous ces kilomètres passés à discuter , à regarder les autres et à juger de ce que nous seront et de ce que l’on ferait du monde, nos parties de peche et notre week-end pas très loin , dans l’Eure, ou sans voiture nous étions insouciant et heureux avec quelques bières et quelques poissons ,ainsi que toutes ces après midi passées à arpenter du haut en bas et de bas en haut la ‘ rue du gros ‘, nos cinés , ce bar aussi qui engouffrais la quasi-totalité de notre argent de poche et encore du jour ou nous sommes devenus amis , un retour de classe en cette année de 1980 , c’était il y a 31 ans déjà…

31 ans après me voila seul devant ce que je peux encore voir de toi , une petite plaque sur un gros monument froid, et je pleure, je t’ en veux un peu d’avoir fait ce choix, d’etre parti si vite, puis espère qu’il y a quelque chose derrière tout ça, quelque chose de bon et que tu est en paix maintenant .

Voila, je comprends maintenant ce que les anciens disent quand ils parlent des disparus, qu’ils ne le sont pas tout à fait tant que quelqu’un pense à eux, et bien voila mon poto, mon ami, tu ne seras jamais un des ces ‘disparus’ puisque tu es une part de moi, de nous, une grande partie de nos souvenirs et tu es là présent à nos cotés pour ce qui nous reste à vivre.

A un de ces jours ;)
anoustrois - email : r.del62@yahoo.com


         Je garderais un très bon souvenir, à ses côtés en cours ou au baby-foot j'ai bien rigolé aussi! C'était un chic type comme on dit ,il n'a pas eu de chance. Il est parti beaucoup trop tôt.
Paix à son âme.
Ivan